Chronique 69

1712 - L’initiation d’Elizabeth St. Leger

 

Il s’agissait de la fille d’Arthur Saint Leger, premier vicomte de Doneraile et baron de Kilmayden en Irlande. Rien, sinon un mémorable inci­dent, ne la destinait à la vie maçonnique, à une époque où seul un homme de bonne naissance et libre de corps pouvait prétendre devenir Maçon accepté.

Celui-ci survint, de façon inattendue, un soir de l’année 1712 (ou n’était-ce pas 1710 ?) ; il nous est raconté dans un Mémoire de la famille Saint Leger. La scène se passe dans la résidence du vicomte de Doneraile qui préside alors aux destinées d’une loge particulière et indépendante, installée chez lui. 

Endormie dans la bibliothèque, la jeune Elizabeth est tirée de son sommeil par des bruits et des sons provenant du salon voisin ; un trou dans la cloison, qu’elle agrandit de ses ciseaux, lui permet d’assister sans être découverte à l’initiation aux grades d’apprenti et de compagnon du Métier d’un jeune profane. 

Troublée par ce qu’elle voit et ce qu’elle entend, la jeune femme pense à quitter les lieux au plus vite mais, dans sa précipitation, elle renverse une chaise ou quelqu’autre pièce du mobilier, ce qui attire l’attention du garde extérieur. Alertés, les membres de la Loge la découvrent et s’interrogent longuement sur le sort qui doit lui être réservé. Finalement il est décidé de l’initier aux secrets de la Franc-Maçonnerie.

Elizabeth Saint Leger portera d’ailleurs, sa vie durant, une médaille marquée de symboles maçonniques et posera pour la postérité parée d’un tablier de maçon. On dit même qu’elle sera conviée à diriger, en tant que vénérable maî­tre, la loge qu’elle fréquentera assidument ; sans pouvoir le prouver.

Ce dont on est sûr, la concernant, c’est qu’elle a bien été initiée franc-maçon ; et qu’elle sera enterrée de même.

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   ©  Guy  Chassagnard  -  2019